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DotilandElenn silumena omentielvo
March 15 Ce qu'on devrait savoir dire des fois....Les étoiles filantesby Les Cowboys FringantsAlbum: La grand-messeSi je m'arrête un instant Pour te parler de ma vie Juste comme ça tranquillement Dans un bar rue St-Denis J'te raconterai les souv'nirs Bien gravés dans ma mémoire De cette époque où vieillir Était encore bien illusoire Quand j'agaçais des p'tites filles Pas loin des balançoires Et que mon sac de billes Devenait un vrai trésor Ces hivers enneigés A construire des igloos Et rentrer les pieds g'lés Juste à temps pour Passe-Partout Mais au bout du ch'min dis-moi c'qui va rester De la p'tit'école et d'la cour de récré ? Quand les avions en papier ne partent plus au vent On se dit que l'bon temps passe final'ment Comme une étoile filante Si je m'arrête un instant Pour te parler de la vie Je constate que bien souvent On choisit pas mais on subit Et que les rêves des ti-culs S'évanouissent ou se refoulent Dans cette réalité crue Qui nous embarque dans le moule La trentaine, la bedaine Les morveux, l'hypothèque Les bonheurs et les peines Les bons coups et les échecs Travailler, faire d'son mieux N'arracher, s'en sortir Et espérer être heureux Un peu avant de mourir Mais au bout du ch'min dis-moi c'qui va rester De not' p'tit passage dans ce monde effréné Après avoir existé pour gagner du temps On s'dira que l'on était final'ment Des étoiles filantes Si je m'arrête un instant Pour te parler de la vie Juste comme ça, tranquillement Pas loin du Carré Saint Louis C'est qu'avec toi je suis bien Et qu'j'ai pu l'goût d'm'en faire Parce que tsé voir trop loin C'pas mieux qu'd'regarder en arrière Malgré les vieilles amertumes Et les amours qui passent Les chums qu'on perd dans brume Et les idéaux qui se cassent La vie s'accroche et renaît Comme les printemps reviennent Dans une bouffée d'air frais Qui apaise les coeurs en peine Ça fait que si à soir t'as envie de rester Avec moi la nuit est douce on peut marcher Et même si on sait ben que tout dure rien qu'un temps J'aimerais çà que tu sois pour un moment Mon étoile filante Mais au bout du ch'min dis-moi c'qui va rester Mais au bout du ch'min dis-moi c'qui va rester Que des étoiles filantes March 09 Est-ce ainsi que les hommes vivent ?Texte d'Aragon, mis en musique par Leo Ferré
Tout est affaire de décor Changer de lit changer de corps A quoi bon puisque c'est encore Moi qui moi-même me trahis Moi qui me traîne et m'éparpille Et mon ombre se déshabille Dans les bras semblables des filles Où j'ai cru trouver un pays. Cœur léger cœur changeant cœur lourd Le temps de rêver est bien court Que faut-il faire de mes jours Que faut-il faire de mes nuits Je n'avais amour ni demeure Nulle part où je vive ou meure Je passais comme la rumeur Je m'endormais comme le bruit. Est-ce ainsi que les hommes vivent Et leurs baisers au loin les suivent. C'était un temps déraisonnable On avait mis les morts à table On faisait des châteaux de sable On prenait les loups pour des chiens Tout changeait de pôle et d'épaule La pièce était-elle ou non drôle Moi si j'y tenais mal mon rôle C'était de n'y comprendre rien Dans le quartier Hohenzollern Entre la Sarre et les casernes Comme les fleurs de la luzerne Fleurissaient les seins de Lola Elle avait un cœur d'hirondelle Sur le canapé du bordel Je venais m'allonger près d'elle Dans les hoquets du pianola. Est-ce ainsi que les hommes vivent Et leurs baisers au loin les suivent. Le ciel était gris de nuages Il y volait des oies sauvages Qui criaient la mort au passage Au-dessus des maisons des quais Je les voyais par la fenêtre Leur chant triste entrait dans mon être Et je croyais y reconnaître Du Rainer Maria Rilke. Elle était brune elle était blanche Ses cheveux tombaient sur ses hanches Et la semaine et le dimanche Elle ouvrait à tous ses bras nus Elle avait des yeux de faïence Elle travaillait avec vaillance Pour un artilleur de Mayence Qui n'en est jamais revenu. Est-ce ainsi que les hommes vivent Et leurs baisers au loin les suivent. Il est d'autres soldats en ville Et la nuit montent les civils Remets du rimmel à tes cils Lola qui t'en iras bientôt Encore un verre de liqueur Ce fut en avril à cinq heures Au petit jour que dans ton cœur Un dragon plongea son couteau Est-ce ainsi que les hommes vivent Et leurs baisers au loin les suivent. Souci de progrès....9 Mars, premier tour des municipales...
Ahhhhh, les amis, aujourd'hui je célèbre mon grand retour aux urnes, événement qui ne s'était pas produit depuis le référendum sur la constitution européenne... J'en tremble encore...
Pour l'anecdote je n'avais bien sur pas de carte éléctorale et ne savais donc pas dans quel bureau je votais... l'occasion pour les assesseurs de me lancer des regards courroucés, condamnant cet outrage à la morale que représentait mon abstentionnisme ... Comme d'habitude me vient donc l'envie de me poser, prendre mon temps, polémiquer.... Hélas je n'en ai pas le temps, et qui plus est j'ai accepté une responsabilité en étant moi-même candidate sur une liste qui fait que je ne peux pas jouer de mes provocations coutumières. C'est d'ailleurs bien dommage, j'aurais aimé jouer à semer le doute et la confusion, mais il est vrai que les municipales sont détachées des grands enjeux politiques habituels, l'effet ne serait pas le même qu'aux présidentielles.
Bref
En attendant de me rendre au local de campagne pour attendre les résultats et savoir si nous passons la barre symbolique des 5 % (pour rappel, seuil de remboursement de la campagne), me voici donc de retour sur mon fidèle destrier, euh, non, pardon, ordinateur (oui je sais je m'emballe !) pour une fois de plus vous conter mes humeurs.... pauvres de vous !!
Alors quoi donc ?? Eh bien me vient l'envie de prolonger un peu les questions que j'ai soulevées dans l'article "Bilbao" sur la nécessité de remettre de la culture dans nos quotidiens.
Certes je ne pense pas qu'on puisse cultiver la population contre son gré, mais je pense en revanche qu'on peut et qu'on doit donner à voir, à lire et à entendre au plus grand nombre... On parle chez les enfants d'éveil des sens, éveil musical, etc. Je vois la même nécessité à grande échelle, et auprès des adultes...
A Madrid, certains cinéma font payer 1 euro la séance, et sont plein à craquer ; dans la même ville, une fois par mois, tous les théatres ouvrent leur portes pour à peine 3 euros... Voilà des politiques municipales simples et susceptibles d'éveiller la curiosité !
On constate tous les jours que les spectateurs, du fait du prix des places, ne prennent pas de risques : à Toulouse on a pu voir Le père noëel est une ordure ou Cuisines et dépendances rester trois mois à l'affiche et faire salle comble, mais quand Les Fourmis mettent en scène la guerre d'espagne, sujet pourtant familier et cher à une grande partie de la population toulousaine, ils peinent à rembourser les frais engagés....
Donner à voir au plus grand nombre, ce n'est pas s'assurer du bon goût des spectateurs, ni même plus simplement de leur approbation, mais c'est l'occasion de susciter curiosité et interrogations, de faire parler, faire penser, faire vivre en somme...
Alors que faire, comment agir ??
Lors de cette campagne municipale, nous avons proposé ce qui pour moi constitue un terreau de départ interessant (même s'il ne faut surtout pas s'en contenter), soumis par les motivés dont les capacités dans ce domaine sont bien réelles (rendons à César....). Le point le plus concret évoqué est la proposition d'instaurer une carte culture, qui permette de moduler les tarifs culturels en fonction des revenus...
J'ajoute d'ailleurs qu'à mes yeux ce n'est pas suffisant, il y a plus à faire...
Il nous faut réfléchir ensemble à des politiques culturelles ambitieuses, afin de contrer ce nivellement par le bas que nous impose le gouvernement et qui a d'ailleurs toujours été le principe de fonctionnement des démocraties représentatives : en aucun cas on ne nous incite à penser par nous même, trop dangereux, surtout si on en croit cette phrase d'Alain, pour qui "TOUTE PENSEE A UN DEVOIR DE REVOLTE !"
Et voilà qu'on en revient à mon sacro-saint principe d'élévation....
Il nous faut sans cesse lutter contre la tentation de la paresse intellectuelle ! Je ne dis pas qu'il ne faut jamais s'autoriser de "poser le cerveau", d'autant que je suis la première à le faire, mais il faut au moins faire preuve d'une démarche individuelle qui consiste à comprendre ce que l'on fait... Ainsi tout film, toute musique, toute forme d'art devient porteuse d'informations, et ce quelle que soit sa qualité.
Par ailleurs il est urgent de développer les démarches collectives. Rendre les lieux de cultures accessibles par de nouvelles politiques tarifaires est un début, renforcer l'apprentissage à l'école, réhabiliter l'art et la culture sont des urgences réelles.
Réapprenons le pourquoi et le comment, car nous risquons d'observer à terme la même régression dans les domaines artistiques que celle que nous observons d'ores et déjà sur le plan social !
Au train où vont les choses, on peut supposer que Malévitch ne va pas tarder à être conspué, tout comme Pollock, Andy Warhol, et puis un jour ce sera Picasso, et puis Van Gogh... Finalement ce qui les sauve aujourd'hui ce n'est pas tant la connaissance du grand public que leur valeur marchande... Et si je souhaite voir s'effondrer le capitalisme, je n'ai pas pour autant envie que par méconnaissance on en arrive à perdre ce témoignage de l'humanité !
En bref je m'égare, je soliloque, mais je m'inquiète avant tout !
Alors réflechissons à ce que nous pouvons dès aujourd'hui mettre en oeuvre pour développer ces domaines soumis à la recherche absurde de rentabilité ! Bien sûr tout commentaire est le bienvenu, toute proposition encore plus, et puis je ne peux que vous conseiller de participer aux prochains comités de quartier dans votre entourage, prenons les choses en main !!
Allez, cette fois je vous laisse, et n'oubliez pas :
LES GRANDS NE NOUS PARAISSENT GRANDS QUE PARCE QUE NOUS SOMMES A GEN?OUX DEVANT EUX, LEVONS NOUS !!!!!!!!!!!!!!!! March 06 Article du Monde diplo en 1998L’homme pour qui la résignation était ringarde Relire Marcuse pour ne pas vivre comme des porcsLe récent trentenaire de mai 68 a donné lieu a d’assez consternantes autocélébrations. Bien installés dans le confort mou de leur respectabilité actuelle, quelques anciennes « gloires » du mouvement ont parlé de Mai comme d’un passé à tout jamais englouti par l’histoire. Tout en exaltant la révolte d’alors, ils ont fait l’éloge de la résignation contemporaine. Et se sont ainsi livrés à une figure classique de la mauvaise conscience : celle du reniement. Comme tous ceux qui se sentent en révolte contre les injustices actuelles, ils devraient pourtant lire, ou relire, Herbert Marcuse, dont les thèses - qui mirent le feu aux poudres en mai 1968 - demeurent plus vivantes que jamais.
Par Gilles Châtelet« Cette destinée est mystérieuse pour nous car nous ne comprenons pas pourquoi les bisons sont tous massacrés, les chevaux sauvages domestiqués, les lieux secrets de la forêt lourds de l’odeur de tant d’hommes, et la vue des belles collines souillée par des fils de fer qui parlent. Où sont les fourrés profonds ? Disparus. Où est l’aigle ? Disparu. C’est la fin de la vie et le commencement de la survivance. » Déclaration du chef indien Seattle « Because something is happening here Bob Dylan, Ballad of the Thin Man (1). Ce refrain connu de Bob Dylan n’aurait certainement pas déplu au jeune Herbert Marcuse (2), qui appréciait déjà - bien avant la génération beat - les randonnées et les feux de bois des Wandervögel (3). Peu d’hommes auront à ce point affronté la diversité et le tragique d’un siècle - l’« âge des extrêmes » selon l’historien anglais Eric Hobsbawm (4) - qui commence, pour l’apprenti philosophe, par la lecture de Marx et la rencontre avec la phénoménologie et l’enseignement de Husserl. Rencontre couronnée par le choc de la publication, en 1927, du Sein und Zeit de Martin Heidegger, qui lui inspire une thèse d’habilitation remarquable sur L’Ontologie de Hegel et les fondements d’une théorie de l’historicité (1932). Recommandé par Husserl, Herbert Marcuse rejoint, à Francfort, Adorno et Walter Benjamin à l’Institut für Sozial Forschung, dirigé par Horkheimer. Dès 1934, il émigre en Suisse puis aux Etats-Unis pour jeter les bases de sa philosophie critique, qui se veut une philosophie de l’émancipation (5). Il écrit alors quelques articles décisifs (6) qui interviennent en plein cœur des débats des années 30 et qui inspireront plus tard les développements de Raison et Révolution (1939, en riposte au défi totalitaire nazi), de Marxisme soviétique (1958, bilan de l’expérience socialiste en URSS), d’ Eros et Civilisation (1955, critique de la psychanalyse américaine) et, enfin, de L’Homme unidimensionnel (1964, critique des sociétés industrielles avancées). Ces ouvrages lui permettront d’obtenir une chaire à Brandeis puis à San Diego et feront de lui - surtout le dernier - le maître à penser de la jeune génération. Le maître de San Diego fut de tous les combats de la nouvelle gauche et restera comme celui qui a déclaré : « Je me fais l’effet d’un optimiste incorrigible... Malgré tout, je ne parviens pas à imaginer le plus beau régime capitaliste fait pour durer éternellement (7) » Cet optimiste incorrigible peut-il encore, de nos jours, faire déclic ? Doit-on le ranger définitivement au Cabinet du Bizarre de l’Histoire des idées comme prototype de la « génération Marcuse », comme sont déjà rangés ceux de la génération Yoplait, de la génération Mitterrand, de la génération Adidas ou même de la génération Clinton ? N’est-il pas désespéré de refuser le cynisme conventionnel de la post-modernité et le mépris pour les « grands récits de l’émancipation » ? Pour Marcuse, vivre les années 30, c’était être confronté directement à trois dispositifs redoutables qui articulaient la puissance technique et la domination politique : nazisme, socialisme totalitaire et capitalisme démocratique, par lesquels « la société et la nature, l’esprit et le corps sont gardés dans un état de mobilisation permanent ». Nous savons désormais que l’histoire a tranché et éliminé les deux dispositifs de mobilisation les plus brutaux ; que c’est la technologie de persuasion la plus subtile - et certainement la moins odieuse - qui l’a emporté. Mise au point par les ingénieurs sociaux américains des années 20, la « manufacture du consentement (8) », cette technologie répertoriée par Noam Chomsky (lire page 12) comme machine à endoctriner, réussit à sévir ici et maintenant, partout et nulle part, des sphères les plus intimes de l’égo jusqu’à celles qui impliquent la mobilisation de masses humaines de très grandes dimensions. Comment comprendre et subvertir cette mobilisation consentie ? C’est ici qu’apparaît comme cruciale la question de « l’histoire comme advenir, comme mobilité (9) », posée par Marcuse dans sa thèse sur Hegel. Question qui rend manifeste toute la cohérence du projet et de ses développements ultérieurs et rejoint les interrogations les plus contemporaines (10). Refuser d’affronter le problème de la mobilité, c’est céder à ce que Hegel appelle le valet de soi-même, à son prosaïsme, à son inertie, à son horizon borné, rester crispé à la finitude, tôt ou tard capituler devant les technologies de mobilisation (11) ou de mise au pas brutales ou subtiles. Penser la mobilité, c’est, selon Marcuse, capter toute la patience et le mordant de la pensée négative dont on pouvait croire qu’ « elle est en voie de disparition ». C’est refuser d’abdiquer devant les impostures qui prétendent aller de soi et se donnent comme « philosophie positive », légitimant une « sage résignation (12) » devant des lois sociales aussi naturelles que les lois de Newton. Avec cette philosophie, « combien il est doux d’obéir, lorsque nous pouvons réaliser le bonheur, d’être convenablement déchargés, par de sages et dignes guides, de la pesante responsabilité d’une direction générale de notre conduite (13) ». Ce refus d’abdiquer devant le valet de chambre de soi-même conduit d’abord Marcuse à combattre la psychanalyse révisionniste néofreudienne à l’américaine qui visait à effacer tout ce que Freud pouvait avoir de révolutionnaire et à promouvoir une thérapeutique de fabrique d’individus « adaptés » à leur environnement en optimisant leur réseau « d’interactions humaines ». Avec plus de quarante ans d’avance, Marcuse avait bien vu tout l’enjeu de cette « adaptation » socio-culturelle : « Cet exploit intellectuel s’accomplit en édulcorant la dynamique des instincts et en réduisant la portée de la vie mentale. Ainsi purifiée, »l’âme« peut à nouveau être sauvée par une éthique et par la religion ; ainsi la théorie freudienne peut être réécrite par une philosophie de l’âme (14) . » Les analyses de L’Homme unidimensionnel amplifient l’offensive contre la « philosophie positive » et son jumelage de plus en plus tyrannique entre opérations mentales et pratiques sociales. Avec beaucoup de lucidité et de talent polémique, elles dénoncent le « jargon tracassier » et le « concret académique » d’une certaine philosophie qui aimerait réduire toute proposition à des énoncés aussi bouleversants que « Mon balai est dans le placard », « John mange le chapeau de Paul » ou le classique « Betty a cassé son sèche-cheveux au coin de la rue ». Marcuse anticipe le dressage cognitif et ethico-neuronal contemporain ! On se tromperait pourtant en y reconnaissant une méfiance conventionnelle de la technique. Ce ne sont pas les robots qui sont à craindre mais notre soumission de plus en plus étriquée à la commande socio-opérationnelle et Marcuse remarque : « La machine est une esclave qui sert à faire d’autres esclaves... Régner sur un peuple de machines asservissant le monde entier, c’est encore régner et tout règne suppose l’acceptation des schémas d’asservissement (15) . » On peut parler d’une Triple Alliance politique, économique et cybernétique susceptible d’« auto-organiser » les potentialités explosives des masses humaines de très grande dimension et de conjuguer les performances de deux prototypes de la post-modernité : l’homo economicus - le citoyen- Robinson, égoïste et rationnel, atome de prestations et de consommations, et acharné à optimiser un best-of de biens et de services ; et l’homo-communicans, le citoyen-thermostat, habitant-bulle d’un espace cybersympa, sans conflit ni confrontation sociale archaïque, se flattant de positiver et de n’exister que comme ténia cybernétique perfusé d’ inputs et vomissant des outputs. Pour la Triple Alliance, tout ce qui prétend ne pas s’incliner devant les états de fait ou ne pas se reconnaître dans une pensée algorithmique, est soupçonnée de « romantisme malsain » d’« élitisme » ou, au mieux, de folklore recyclable dans les spéculations inoffensives des « cultural studies ». La science est d’ailleurs, elle aussi, mise à contribution : on ne compte plus les « Réflexions » ou les « Dialogues », différents par leur contenu scientifique mais identifiables par leur rationalisme endimanché et le ton désabusé qui sied à la philosophie en chaise longue. Nous sommes ici, bien sûr, aux antipodes des « philosophies dangereuses » réclamées par Gilles Deleuze et Michel Foucault : ce « rationalisme » ne menace que par son inertie et sa lourdeur - comme une barge à la dérive. La commande sociale est naturellement friande de scientisme grassouillet et c’est pourquoi le brillant scientifique, brusquement soucieux de supplément d’âme philosophique, devient une entité burlesque incontournable de notre modernité. La conclusion style « conseil aux jeunes » devient même un genre littéraire : fuyez les « philosophes ». Il s’agit bien entendu des « vrais », de ces magnifiques voyous de la pensée qui ne tremblent ni devant le sacré ni devant la science. Croquez à belles dents dans la belle pomme de « l’ère post-métaphysique » ! On apprécie mieux maintenant la justesse du diagnostic de Marcuse : « Le triomphe de la pensée positive, c’est »l’univers clos« . » La pensée unidimensionnelle avec tous les tics et les clichés de ce qu’il faut bien appeler l’empirisme mercantile de la « pensée unique » des années 80-90, de cet empirisme mercantile qui aime dire : « Mais oui ! Le marché c’est toi et moi, tu peux le rencontrer au coin de la rue (16) . » Le mariage - de cœur et de raison - de la Triple Alliance et de la Contre-Réforme libérale est désormais officiel, avec sa définition du travail comme denrée rare, ne posant aucun problème scientifique, transparent, reproductible et formalisable ; travail « outputé » par des opérateurs (17), ou mieux, des UET (unité élémentaire de travail). C’est la même pensée qui veut mater toute subversion de la langue et nier le réel du travail. Il s’agit, coûte que coûte, d’affubler la guerre de tous contre tous d’une rationalité cybernétique, quitte à nourrir - comme M. Bill Gates - l’ambition secrète de fabriquer des tranches d’âges, des comportements et des psychologies comme des jeans ; et remplacer la spéculation sur la viande sur pied des ingénieurs financiers d’autrefois par la spéculation sur un immense cheptel de neurones sur pied. Mais, performance oblige - et ceci n’aurait pas surpris Marcuse -, la Triple Alliance sait se montrer festive avec tout le cortège New Age, du nomade, du chaos, et pourquoi pas, du fractal. Pourtant, déjà Carnaval fait la grimace ; la langue semble se venger comme les incendies vengent la nature lorsque la broussaille fait place à la forêt : épidémies de lynchages médiatiques, proliférations de psychologies-zombies et, surtout, superstitions cultivées et engrangées par les sectes multinationales. C’est pourquoi il faut lire et relire Marcuse, l’homme pour qui la résignation seule est ringarde. Résignation qui nous interdit de saisir cette coalition du patient et du rauque qui forge la splendeur de l’individuation humaine. Gilles ChâteletMarch 02 BilbaoHola fidèles lecteurs.... (ou pas !)
Petit week-end à Bilbao, cela faisait bien longtemps que j'attendais une occasion d'y faire un tour...
Premier constat : sorti de la campagne ravissante, les villes du Pays Basque espagnol sont fidèles à leur réputation : pas belles ! Eh oui, on ne peut que constater les méfaits des zones industrielles, c'est pas le rêve, loin de là !
Bilbao n'échappe pas à la laideur, et ressemble à un énorme bric à brac entassé au fond d'une cuvette.... Pas de maisons individuelles, on sent les ravages de l'ère franquiste, et on ne trouve que d'énormes immeubles plus ou moins rénovés....
En fin de compte cela donne un côté au moins convivial à la ville, qui s'avère très sympathique et animée, nous avons d'ailleurs été sidérés par le monde dans les rues le soir, je dois avouer que je n'avais jamais vu une telle foule sans qu'un événement particulier la justifie !
Je passerai sur nos mésaventures avec la fourrière basque pour m'attarder sur deux choses.
D'abord je dois dire que si les bâtiments n'attisent pas l'envie, la municipalité a très largement développé le potentiel artistique de la ville : Bilbao est une ville entièrement dévouée à l'art contemporain, on trouve des statues monumentales et conceptuelles partout dans les rues, et on ne peut que constater en comparaison l'extrème frilosité de Toulouse ! Nous avons d'ailleurs passé un bon moment à discuter des possibilités de bouger les choses ici, notamment à évoquer lors de nos prochains comités de quartier... En effet, pourquoi ruiner la ville à commander des oeuvres convenues d'artistes reconnus alors que la région déborde de jeunes créateurs originaux à qui il serait possible de passer des commandes à moindre frais pour développer la curiosité culturelle des passants....
L'art doit s'exprimer dans les rues, là où il est visible par tous, et nous devons sortir d'urgence du carcan intelectualiste qui veut que la population n'y soit pas prête....
Bien sûr l'art contemporain est exigeant, mais y a-t-il meilleur moyen de développer le goût des gens pour l'inattendu qu'en le lui donnant à voir ??
Pourquoi limiter la dimension artistique d'une ville à ses musées ?? La tradition musicale et théatrale de Toulouse aurait elle étouffé le sens de l'esthétique et de la curiosité visuelle ???
Par ailleurs je reviens sur le musée Guggenheim.... bon, c'est un peu cher, mais l'expo temporaire (Art in the USA) nous donne l'opportunité d'admirer "en vrai" les oeuvres de Basquiat et de Pollock (entre autres bien sûr)... un vrai régal, et pour moi l'occasion, une fois de plus, à ma Karinette qui est loin mais qui, j'en suis sure, aurait adoré l'expo !!
Mais c'est une (enfin plusieurs) pièce del'expo permanente qui nous a conquis totalement....
N'étant pas critique d'art (loin de là), je vais donc vous transmettre directement le texte du catalogue du musée....
RICHARD SERRA........... LA MATIERE DU TEMPS
La matière du temps constitue la réflexion la plus aboutie de Richard Serra sur la matérialité de l'espace et la nature de la sculpture. Installées de façon permanente dans la plus grande salle de l'édifice de Frank Ghery, sept sculptures commandées à Richard Serra on rejoint Serpent (1994-97) - créée pour l'inauguration du musée- pour donner lieu à une installation à emplacement spécifique d'un format et d'une ambition sans précédents dans l'histoire moderne.
Richard Serra, l'un des sculpteurs les plus célèbres du XX° est loué pour le caractère copntestataire et novateur de son travail. Quand il n'était encore qu'un artiste débutant au début des 60's, Serra a contribué à changer la nature de la production artistique en recourant, avec les artistes minimalistes de sa génération, à des matériaux industriels et peu conventionnels, aux propriétés physiques desquels il accorde une grande importance pour créer ses oeuvres. Libérée du piédestal traditionnel et plongée dans l'espace réel de l'observateur, la sculpture noue une nouvelle relation avec lui. Ainsi, l'expérience vécue avec l'objet constitue une part essentielle de sa signification [je confirme !]. Le public est encouragé à se déplacer tout autour des sculptures, à explorer leur intérieur et à les traverser pour découvrir leurs multiples perspectives.
La matière du temps permet de percevoir l'évolution des formes sculptées de Serra, de l'ellipse double relativement simple à la complexité d'une spirale. Les deux dernières pièces de ce développement sont conçues à partir de tores et de sphères qui engendrent des environnements à leur tour créateurs de différents effets sur le mouvement et la perception. Elles se transforment de manière inattendue au fur et à mesure que le visiteur les parcourt et évolue autour pour créer une sensation vertigineuse et inoubliable d'espace en mouvement.
Voilà.... j'espère que ça vous a donné envie d'y aller !
J'ajouterai encore deux choses (promis j'ai presque fini !) : sur cette oeuvre en particulier d'abord, j'ai également ressenti un phénomène étrange, lié à la volonté de l'artiste de nous faire pénétrer son oeuvre... j'emploie volontairement ce terme à forte connotation sexuelle car c'est véritablement ce que j'ai ressenti, et je trouve qu'il est assez rare de voir un artiste admettre ainsi dans son intimité son public, ça m'a énormément marqué pendant que j'étais dans les différentes pièces.... Peut-être que ce que j'en tire est une platitude, voire, plus grave, un non-sens, mais cela a produit sur moi un effet supplémentaire non négligeable.... Je n'ai pas pensé à demander à Did et à Jack leur sentiment sur la question, peut-être est-ce donc une perception purement féminine, c'est à voir....
Ensuite, je voulais aussi tirer mon chapeau à la dimension éminemment didactique et éducative du musée : à notre entrée, on nous remet un espèce d'emetteur radio sur lequel on entre le code des oeuvres exposées, s'ensuit une explication plus ou moins détaillée de la pièce.... Dans le cas du travail de Richard Serra, il y a près de 10 minutes d'explications, notamment sur les interrogations et motivations philosophiques de l'artiste, c'est passionnant et surtout très compréhensible par tous. Je précise qu'il y a un programme d'explications spéciales pour les enfants, ce que je trouve encore mieux....
Voilà à mes yeux une démarche d'élévation collective qui mérite d'être soulignée....
Voili voilou, c'est la fin de mon récit d'aventures au Pays Basque, pour cause de fourrière il n'y aura pas d'aventures Catalanes avant un bon moment (bouh, je veux retourner à Barcelona), mais comptez sur moi pour vous offrir des bribes de ma vie ordinaire pour passer le temps !
Salut à tous !
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Merci de votre visite !
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